Amancio Ortega. Zara, une histoire de génie

Le président fondateur de Zara et de sa maison-mère Inditex, le célèbre et richissime homme d’affaires Amancio Ortega, cède, à 75 ans, sa place à son bras droit depuis six ans, Pablo Isla.

Marie Desnos – Parismatch.com

Il cède son empire à son dauphin. L’actuel vice-président et directeur général d’Inditex, Pablo Isla, a pris ce mardi la présidence du groupe textile galicien, devenu le 21 juin dernier le numéro un du textile mondial, en devançant H&M pour atteindre une valeur boursière de 38 500 millions d’euros, contre 38 400 millions d’euros pour la chaîne suédoise. Un petit bijou à l’état pur. Amancio Ortega, son fondateur âgé de 75 ans, passe en effet le relai comme il l’avait annoncé à ses salariés en janvier. Dans une lettre envoyée à tous ses employés, il expliquait que ce changement marquerait une nouvelle étape «combinant jeunesse et expérience.» Pablo Isla n’est effectivement pas étranger à l’entreprise, propriétaire de marques notoires telles que Zara, mais aussi Stradivarius, Bershka, Massimo Dutti, Pull & Bear, ou encore Oysho… Cet Espagnol de 47 ans l’a intégrée en 2005, et l’a accompagnée dans son ascension impressionnante (doublement de son chiffre d’affaires, de 6,7 milliards en 2005 à 12,5 milliards en 2010, mais aussi de ses magasins, à 5 154 aujourd’hui), et dans des étapes importantes de sa vie telles que la création (tardive) de son e-shop en septembre dernier.

Amancio Ortega, lui, l’avait créée de toute pièce en 1985, dix ans après avoir lancé sa marque phare Zara. L’histoire est belle. Issu d’un milieu modeste –il est fils de cheminot- le jeune homme quitte l’école à 14 ans pour se mettre sur le marché du travail. Selon sa biographie, «De Cero A Zara (de zéro à Zara)», écrite par Jesus Salgado (parue en 2004 chezLa Esfera), il commence par être livreur, mais s’aperçoit rapidement de son goût et de son talent pour le stylisme –il s’essaie à quelques créations qu’il offre en cadeaux. Une nuisette, d’abord, puis un pull Shetland qu’il réalise avec son oncle. De fil en aiguille, Amancio se fait embaucher comme vendeur dans un magasin de chemises deLa Corogne, en Galice (communauté autonome du Nord-Ouest de l’Espagne, où se situe encore le siège social du groupe). Quatre ans plus tard, il crée son entreprise, la compagnie GOA (ses initiales à l’envers), qui vend des manteaux en gros. Mais cela ne lui suffit pas. Il réalise qu’en faisant ce qu’il fait depuis toujours –copier les produits qu’il voit dans les boutiques de luxe inabordables-, il tient une idée. C’est ainsi que naquit la première boutique Zara en 1975, toujours àLa Corogne, suivie de nombreuses autres. Le concept fait un carton. La marque franchit les frontières de l’Espagne en 1988, pour s’établir au Portugal; elle arrive aux Etats-Unis dès l’année suivante, puis en France l’année d’après… Fort de son succès, il crée, dix ans après son commencement, la holding Inditex (1985).

 La discrétion, une marque de fabrique

Aujourd’hui, Inditex (Industria de diseño textil) est le numéro un mondial du prêt-à-porter, avec 100 000 salariés, plus 5000 magasins dans 78 pays. Le magazine américain Forbes a publié en mars son classement annuel des hommes les plus riches de la planète: Ortega se place à la 7e place en 2010, avec une fortune estimée à 31 milliards de dollars (22 milliards d’euros). Pourtant, l’homme est resté très discret tout au long de ces années. Peu de photos, encore moins d’interviews… L’homme, marié deux fois et père de trois enfants, n’accepte de poser pour une photo officielle qu’à l’occasion de l’entrée en Bourse du groupe… en 2001. Il préserve sa vie privée, et élève ses enfants dans cette tradition. L’histoire veut ainsi que sa cadette, Marta (née en 1984), qui est considérée comme la future héritière de l’empire Inditex –elle serait un peu trop jeune pour reprendre le flambeau pour l’instant- eut débuté en tant que vendeuse anonyme dans l’une des boutiques du groupe, son père ayant voulu la faire débuter en bas de l’échelle, comme lui.

Le modèle qui a fait le succès de Zara repose sur deux piliers: d’abord, le renouvellement rapide des stocks en boutique et sur une excellente structure logistique. «Nous pouvons créer une collection en quatre semaines, voire en deux si le marché l’exige», assure le self-made man dans sa biographie. Et il l’a encore prouvé récemment, en sortant, moins de deux semaines après l’événement, une copie de la robe bleue (signée Daniella Issa Helayel) que portait Kate Middleton à l’annonce de ses fiançailles avec le prince William. En général, 40% des stocks sont renouvelés toutes les semaines, les arrivages débarquent en boutique tous les trois jours. Le deuxième pilier est bien sûr sur la qualité des produits, qu’il contrôle de près. Contrairement à ses concurrents comme H&M, qui sous-traite, Zara fabrique lui-même ses vêtements, en Espagne, au Portugal, et au Maroc. Aujourd’hui, la marque ne fait pas que copier, loin de là. Quelque 600 stylistes travaillent pour elle.

Parti de rien, l’homme devenu le plus riche d’Espagne cède donc sa place à son directeur général Pablo Isla. Un homme au profil plus classique mais à la carrière irréprochable.  Ex-secrétaire général de Banco Popular et co-président d’Altadis, il continuera probablement notamment de développer le groupe en Asie, en Europe de l’Est ou encore en Australie. Orteg, lui, gardera bien sûr un œil sur son «bébé»: il conserve sa place au conseil d’administration, et reste l’actionnaire majoritaire d’Inditex, avec une part de 59,3%.

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