Prada, l’icône du chic italien, profite à plein de la mondialisation

LEMONDE

Le groupe Prada, icône du chic italien, compte doubler le nombre de boutiques en propre d'ici à cinq ans.

Le groupe Prada, icône du chic italien, compte doubler le nombre de boutiques en propre d’ici à cinq ans.AFP/MIKE CLARKE

MILAN ENVOYÉE SPÉCIALE – Il existe parfois une certaine fulgurance dans la vie des entreprises. Alors que les analystes ont longtemps renâclé sur son endettement, sa fragilité capitalistique ou ses résultats très affaiblis par la crise en 2009, tout semble aujourd’hui réussir à l’italien Prada depuis son entrée en Bourse à Hongkong, en juin 2011.

Cette cinquième tentative fut la bonne. Sur les neuf premiers mois de 2011, le bénéfice net du groupe de luxe, porté par l’Asie, s’est envolé de 75 % à 273,2 millions d’euros et son chiffre d’affaires a bondi de 25 % à 1,73 milliard d’euros. Il devrait atteindre 2,5 milliards sur l’année. Le groupe – icône du chic à l’italienne – vient de réouvrir son plus grand magasin parisien, totalement rénové, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

« La nouvelle géographie du luxe dépend de la mondialisation, affirme Patrizio Bertellidirecteur général de Prada. Ce secteur n’est pas nécessairement un marché de consommateurs rationnels. Il est lié à l’existence concomitante de gens de plus en plus riches et de plus en plus pauvres. »

L’évolution du marché provient aussi, selon lui, de la modification radicale de la distribution des produits de luxe en Chine, en Russie, au Brésil ou dans les pays du Golfe où tout est vendu dans des « malls » construits ex-nihilo.

Quelle sera la physionomie du groupe d’ici à cinq ans ? Le mari de la stylisteMiuccia Prada, la présidente et petite-fille du fondateur, n’a pas « l’intention d’acheterde nouvelles marques ». Prada, Miu Miu, Church’s et Car Shoe lui suffisent. Et les échecs avec Jil Sander ou Helmut Lang l’ont manifestement refroidi.

« On a beaucoup à faire, pour renforcer notre présence en Chine, arriver en Amérique du Sud, en Inde… », dit-il, persuadé que les barrières douanières actuelles en Inde ou au Brésil « tomberont automatiquement. La machine du luxe a commencé à y travailler », dit-il, confiant. Déjà, le marché asiatique (hors Japon) talonne l’Europe dans les ventes de Prada et passera en tête sous peu.

Les investissements seront importants : « Un milliard d’euros dans les cinq ans àvenir, pour détenir entre 650 et 750 boutiques en propre dans le monde », dit-il. Ce qui revient à doubler les surfaces commerciales. D’ici à 2017, 10 % des ventes s’effectueront en ligne.

Pense-t-il, à l’instar de Louis Vuitton ou Cartier, jouer les pionniers et investir des lieux aussi improbables qu’Oulan-Bator (Mongolie), Tbilissi (Géorgie) ou Manille pour inculquer le goût du luxe à de futurs clients fortunés ? « Nous n’avons pas, avec Miuccia Prada, une stratégie qui consiste à planter des petits drapeaux sur toute la planète. Il faut voir en fonction du développement social de chaque pays »,même si « les marchés sont de plus en plus ouverts, et le business, c’est le business ».

« Nous ne voulons pas violer notre nature », se reprend-il, « nous souhaitonsdévelopper nos marques », mais pas à n’importe quel prix. Pour ne pas dénaturerl’image de Prada, il refuse ainsi les licences, « qui seraient pourtant une source de chiffre d’affaires énorme », ou quantité de propositions d’ouvertures de magasins.

Alors que la bataille du « Made in France » bat son plein dans l’Hexagone, M. Bertelli semble peu dogmatique sur ces questions. Prada délocalise une bonne partie du « semi-façonnage » de la maroquinerie en Turquie.

Dans le prêt-à-porter, les broderies sont sous-traitées en Inde. Les trois usines de souliers Prada tournent à plein régime en Italie mais certaines coutures à la main sont effectuées en Tunisie, en Hongrie ou en Croatie. Les chaussures Church’s sont, elles, cousues main en Hongrie. « Parce que ce savoir-faire n’existe plus en Italie », dit-il.

Iconoclaste dans le domaine de la contrefaçon, M. Bertelli estime qu’il « est encore préférable de vivre avec quelques produits contrefaits » plutôt que de contribuer à« augmenter la criminalité et la prostitution pour des milliers de personnes en fermant tous les ateliers clandestins ».

Persuadé enfin que « sans culture, on ne va pas loin », le patron italien joue les mécènes en collectionnant les oeuvres d’art contemporain. « C’est parce que les institutions publiques ne font plus leur travail dans ce domaine que les privés s’y substituent », affirme M. Bertelli. C’est vrai à ses yeux en Italie mais aussi en France, où il vient de renouveler jusqu’en 2015 son partenariat – culturel et patrimonial – avec le Conseil économique social et environnemental.

Nicole Vulser – 02.02.12
http://www.prada.com/fr

________________________________________________________________________________________

Laisser un commentaire


NOTE - Vous pouvez utiliser les éléments et attributs HTML tags and attributes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>