Pinault prépare la scission de la Fnac

le 3 février 2013

L’enseigne historique de produits culturels, propriété du groupe Pinault-Printemps-Redoute, va bientôt entrer en Bourse, dans un secteur en pleine crise.

L’agitation provoquée par la débâcle de Virgin masque un bouleversement majeur dans l’univers du commerce de biens culturels. La Fnac prépare discrètement l’introduction de la majorité de son capital en Bourse. Elle est programmée pour le mois de juin. François-Henri Pinault, PDG de PPR et propriétaire de l’enseigne évoquera cette scission (ou spin-off) le 15 février lors de la présentation des résultats annuels. En clair, le groupe, qui souhaite se consacrer à ses marques de luxe et de sport (Gucci, Alexander McQueen, Puma…), distribuera des titres Fnac à ses actionnaires, qui pourront les mettre sur le marché. PPR ou plutôt la holding Artémis gardera environ 40% du capital de la Fnac – sans exercer le contrôle – pendant deux ans, avant de se désengager progressivement.

Rothschild et Lazard à la manœuvre

Sur le papier, l’affaire est classique. Mais les déboires de Virgin, la concurrence des sites marchands comme Amazon, et la puissance des syndicats Fnac d’Île-de-France inquiètent les investisseurs. Contre vents et marées, François-Henri Pinault et Jean-François Palus, directeur général délégué de PPR, conservent leur feuille de route. Et pour cause. « Même si l’action Fnac s’effondre, les actionnaires de PPR seront gagnants, précise un analyste. Cela fait des années que le titre subit une décote d’environ 30% en raison de la branche distribution. Ces six derniers mois, suite à l’annonce de la scission de la Fnac, le cours de PPR a grimpé… de 30%. Le rattrapage a déjà eu lieu. La performance boursière est la meilleure dans tout le secteur du luxe. »

Selon nos informations, l’opération financière est confiée aux banques Rothschild pour la Fnac et Lazard pour PPR. Prudents, les analystes valorisent la Fnac entre 200 et 800 millions d’euros. Une fourchette basse et large, car ils manquent d’enseignes comparables pour appuyer leur évaluation. Ni Darty, Dixons ou Best Buy ne sont à la fois positionnés sur la culture et les produits high tech. Et un des concurrents les plus directs, le britannique HMV est en liquidation. Dans cette confusion, il faut chercher les atouts : une marque mythique, la billetterie de spectacles, le site Fnac.com, les 3,3 millions d’adhérents au programme de fidélité…

300 millions d’euros de trésorerie en 2012

Le patron de la Fnac, Alexandre Bompard, se lancera dans une vaste plaidoirie à partir de mai à l’occasion des traditionnels road-shows destinés aux investisseurs. Motivé, cet ancien élève de l’Éna de 41 ans, passé par Canal + et Europe 1, dirige depuis 2011 l’enseigne, qu’il tente d’adapter aux temps modernes. Selon nos informations, le chiffre d’affaires 2012 accuse une légère baisse – entre 2% et 3% – malgré des gains de parts de marché. Avec une trésorerie estimée à 300 millions d’euros.

De fait, le Plan 2015 lancé en juillet 2011 donne ses premiers résultats. L’offre en magasin est diversifiée avec des espaces dédiés aux enfants, à l’électroménager ou à des partenaires comme SFR. Et puis, il y a l’enjeu du digital. La Fnac, qui assure avoir vendu 180.000 liseuses Kobo en 2012, doit concilier ventes en rayon et commerce en ligne. Les offres « click and collect » rapprochent points de vente et Internet : les clients commandent sur Fnac.com et retirent les achats en magasin. « Je ne veux plus entendre : “Je n’ai pas trouvé tel ou tel produit à la Fnac”, martèle Alexandre Bompard au JDD. Amazon propose tout et à toute heure : nous aussi, avec le conseil et le service après-vente en plus. »

40% des loyers des magasins renégociés

Autre évolution engagée : les petits formats de magasins. Une quinzaine de « mini-Fnac » de 300 m² à 80 m² ont ouvert dans les gares et les aéroports en 2012. S’ajoutent des franchises – avec versement de royalties – à La Roche-sur-Yon (Vendée) et Melun (Seine-et-Marne). Un mode opératoire qui évite à l’enseigne d’investir.

Car la Fnac se serre la ceinture pour se présenter plus désirable aux investisseurs. La direction assure être en ligne avec le plan de 80 millions d’euros d’économie en année pleine. D’autant que malgré la suspension du plan social par la justice jusqu’en mars, 500 personnes sur un total prévu de 510 ont quitté le groupe. Il a fallu aussi couper certains foyers de perte : l’activité italienne a été cédée, et environ 40% des loyers – la Fnac ne possède pas ses murs – auraient été renégociés. Opération boursière ou pas, Alexandre Bompard assure qu’il va rester à la manœuvre : « L’introduction est une étape importante. Mais ma préoccupation principale est d’asseoir le modèle permettant le développement de la Fnac. »

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