INTERVIEW – Six mois après son arrivée à la tête du distributeur de produits culturels, Alexandre Bompard, PDG de la Fnac, présente sa stratégie.

LE FIGARO. – Comment comptez-vous résoudre le problème structurel de la Fnac, l’érosion de ses principaux marchés ?

Alexandre BOMPARD. – Avec le plan offensif dévoilé mercredi, nous voulons bâtir une nouvelle Fnac résolument tournée vers l’avenir et dont l’identité reposera sur trois piliers forts. Le premier, c’est l’extension de notre offre actuelle, concentrée autour des loisirs culturels et numériques. Avec ce plan, nous allons l’élargir au vaste ensemble des loisirs et technologies: ceux destinés aux enfants et aux familles tout d’abord, et demain, à ceux de la découverte, de l’évasion ou de la maison interactive et design. Le deuxième axe impose un changement de paradigme pour une enseigne qui s’est construite autour de ses produits: il vise à mettre les clients au centre de notre activité et de nos métiers, en privilégiant à chaque instant la relation avec eux. Parmi ceux-ci, nous serons enfin particulièrement attentifs aux attentes de la clientèle familiale: c’est le troisième pilier.

Comment va se décliner précisément ce plan stratégique ?

Pour réussir ce plan, nous devrons mettre en œuvre plusieurs leviers d’action. Avec les nouveaux modes de consommation, nos magasins ne seront plus organisés par produits, mais par univers d’usage. Pour la musique par exemple, vous trouverez en un même espace CD, lecteurs MP3 mais aussi casques, billets de concert… De même, nous créerons un univers dédié aux enfants de moins de 12 ans avec non seulement une offre complète allant des livres aux produits ludo-éducatifs et technologiques avancés, mais aussi des animations et services dédiés. Plus généralement, d’ailleurs, le développement de services personnalisés est une de nos priorités. Nous innoverons bientôt en la matière, notamment avec des offres de reprise et d’abonnement sur des produits techniques.

Ce plan ne signe donc nullement la fin de votre réseau physique ?

Tout au contraire! Pour être plus proches des clients un Français sur deux n’a pas de Fnac près de chez lui , nous prenons deux initiatives majeures. D’ici à 2015, une trentaine de magasins seront ainsi ouverts, en périphérie des grandes villes notamment. Par ailleurs, après avoir signé un partenariat avec Lagardère Services pour nous implanter dans les gares et aéroports (l’enseigne remplacera les Virgin dès la semaine prochaine, NDLR), nous lancerons un nouveau format de magasin: cinquante Fnac de proximité, d’environ 300 mètres carrés, devraient voir le jour en quatre ans, d’abord en propre, puis en franchise. Ces petites enseignes, offrant tous les univers Fnac, compléteront les grands magasins et nous permettront de nous installer dans les villes de plus petite taille. Bien sûr, cela va aussi de pair avec un renforcement de fnac.com, car les clients plébiscitent l’intégration des deux canaux de vente. Grâce à notre puissance en magasin comme sur Internet, nous déploierons donc une stratégie multicanal aboutie et proposerons par exemple aux clients de retirer en magasin tous leurs achats faits en ligne ou de passer commande sur des bornes interactives en magasin.

Vous évoquez la date de 2015. Pouvez-vous préciser le calendrier de ce plan ?

La rapidité d’exécution de ce plan est une des clés de sa réussite. Les premières initiatives verront donc le jour dans les tout prochains mois. Les ouvertures et les réorganisations de nos magasins interviendront, elles, principalement en 2012 et 2013. La mobilisation de nos équipes, conscientes de la nécessité d’un changement, sera aussi l’un des éléments clés de l’exécution. Je souhaite que la mise en œuvre de ce plan soit un levier de renouvellement du dialogue social.

Quel budget a été réservé pour assurer la réussite de ce plan ?

Je ne souhaite pas donner de chiffres. Les investissements prévus sont adaptés à nos ambitions comme à nos moyens. C’est à la fois un plan de conquête et un plan réaliste. De ce fait, nous continuerons à identifier ce que nous devons faire seuls et à ce que nous pouvons faire par des partenariats, qu’ils soient de nature stratégique, comme avec Lagardère Services, AlloCiné ou SFR, ou commerciale, comme avec Apple, qui a des espaces dédiés en magasin.

Quand espérez-vous voir les premiers résultats de cette nouvelle stratégie ?

Les premiers effets devraient se faire sentir dès le second semestre 2012. Notre ambition est de retrouver ensuite une croissance pérenne et rentable, en France et à l’étranger.

La mise en vente de la Fnac par PPR ne compromet-il pas la mise en œuvre de ce plan ?

Ma mission est d’assurer le développement économique de la Fnac. Depuis 1994, le groupe PPR a joué un rôle moteur en permettant notamment l’implantation de la Fnac hors de France et sa croissance sur Internet. Comme il le fait pour toutes ses entreprises, le groupe PPR gérera la Fnac comme si elle avait vocation à rester au sein du groupe. La preuve: ce plan stratégique n’est pas un habillage de court terme, mais bien un plan de conquête.

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