Chine et vin, des affaires taille géante

Au château Beychevelle, Castel a reçu d’un coup 420 vendeurs de vin chinois.
Une illustration des liens se tissant entre le Bordelais et son premier client à
l’export.

Entre la Chine et le vin de Bordeaux, une grande histoire d’amour prend
forme. On se séduit, on se jauge, on conclut et les enfants arrivent en
enfilade. Comme avec les Anglais, il y a quelques siècles, on imagine des liens
solides et un bel avenir commun. Toute épopée se nourrissant de symboles, ce qui
s’est passé il y a quelques jours au château Beychevelle restera au
procès-verbal. Au même titre que le mois dernier quand le menu de la célèbre
Fête de la fleur fut traduit pour la première fois en mandarin.

Dans ce magnifique château en AOC Saint-Julien, au cœur du Médoc, 420 Chinois
ont été accueillis par le nouveau propriétaire des lieux, le groupe Castel, un
géant du vin (lire ci-contre). « Ce sont les meilleurs vendeurs des bouteilles
de Castel dans notre pays, où la France est la référence pour le vin. Pour eux,
passer deux jours en Gironde à visiter des propriétés est une belle récompense.
D’autant qu’il s’agit souvent de leur premier séjour en France », explique
Wenhua Yang. Jeune, l’homme est à la tête de Xiamen C & D Wines, le plus
important des dix distributeurs avec lesquels Castel travaille dans l’Empire du
Milieu.

Dix bus et six hôtels

Ce poids lourd chinois, qui pèse 100 millions d’euros dans le vin (pour 1 500
employés dans son département vin et alcool), travaille avec 2 000 distributeurs
locaux qui courent restaurants, hôtels et magasins pour placer la gamme Castel.
Ce sont les plus motivés d’entre eux qui ont pu prendre des photos de
Beychevelle. Il fallait les voir bondir en grappes, de massifs fleuris en
parterres ombragés, du cuvier au chai, du parc du château aux salles de
réception. Comme des enfants chahuteurs à Disneyland, récompensés pour leurs
bonnes notes. Ce qui prouve, si besoin était, combien les grands châteaux de
Gironde peuvent faire rêver sous toutes les latitudes.

Avec dix bus sur le parking, la logistique de ce déplacement taille XXL en
terres bordelaises fut digne d’une transhumance footballistique en Ligue des
champions. « Déjeuners par groupes dépassant les 200 personnes, six hôtels
mobilisés, visites dans plusieurs châteaux du groupe et ailleurs, découverte de
notre centre technique de Blanquefort… Des semaines de préparation pour nos
équipes ! » détaille Franck Crouzet, responsable communication de Castel. Dans
son dossier, un planning des deux jours, comme ceux qu’arborent les patrons
d’agences de voyages.

« Nous recevons beaucoup : 60 Russes il y a quelques semaines, puis 80
Japonais… mais jamais à cette échelle. » Et, le soir, petits plats dans les
grands : une immense tente dressée dans le parc pour 500 personnes à dîner, avec
un traiteur qualifié aux manettes. Un dispositif digne des plus grandes fêtes
qui se déroulent lors du salon Vinexpo.

Mille magasins Roche Mazet

« Ces commerciaux seront motivés à leur retour. C’est l’objectif. D’autant
que nous avons des ambitions avec Castel, notamment l’ouverture dans les trois
ans d’un millier de magasins à l’enseigne Roche Mazet. » (Lire ci-dessous). Une
annonce de Wenhua Yang à la démesure d’un pays de 1,3 milliard d’habitants qui
s’ouvre au vin à vitesse grand V. Il est même devenu le premier client des
bordeaux à l’exportation. C’est dire.

Le très pragmatique Alain Castel, à la tête de la division vin du groupe
familial, ne disait pas autre chose, installé dans un salon de Beychevelle. «
Nous sommes des commerçants. Aujourd’hui, la demande vient de Chine et nous y
répondons. Présents dans ce pays depuis 1998, nous y avons vendu 20 millions de
bouteilles l’an dernier, dont 6 via notre partenaire Xiamen C & D Wines.
Notre objectif est à 30 pour 2011, dont un tiers avec lui. Ce pays est déjà
notre premier débouché à l’étranger », annonce-t-il. Comme toujours, dès qu’il
s’agit de vin en Chine, les chiffres s’affolent et les courbes montent. Un
business lui aussi de taille XXL, même si la contrefaçon et le laxisme de la
propriété intellectuelle font des ravages. Castel lutte en ce moment pour
récupérer son nom déposé jadis par un opportuniste. De même pour la marque
Nicolas (magasins de détail), dont il est propriétaire en France.

« Combattre ce fléau accapare 30 % de mon temps », regrette Xavier
Pignel-Dupont, à la tête du bureau de Castel à Shanghai (17 personnes).
Heureusement, 2012 annonce de belles nouvelles : c’est l’année du dragon, et le
château Beychevelle, dont l’étiquette montre un voilier, est traduit localement
par « Bateau du dragon ». Ce grand vin s’y vendra bien

 

Laisser un commentaire


NOTE - Vous pouvez utiliser les éléments et attributs HTML tags and attributes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>