La maison Hermès piratée par un réseau international

Douze personnes, dont certaines travaillent au sein de la prestigieuse marque, ont été interpellées.

Objet de toutes les convoitises, la prestigieuse maison Hermès a été piratée par un réseau de contrefaçon très structuré et d’envergure internationale. Mise au jour après plus de dix mois d’investigations serrées menées par les gendarmes de la section de recherches (SR) de Versailles agissant sur une plainte déposée à l’été 2011, l’affaire est d’une ampleur exceptionnelle.

Au terme d’une opération coordonnée sur plusieurs pays dans le cadre d’une commission rogatoire délivrée par le juge Jean-Marie d’Huy, de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs), les militaires, appuyés par le groupe d’intervention régional (GIR) des Yvelines, ont démantelé jeudi tous les niveaux d’une chaîne spécialisée dans la fabrication clandestine des modèles phares de la célèbre marque de maroquinerie. Au total, soixante-quatre enquêteurs mobilisés ont appréhendé douze malfaiteurs présentés comme des «têtes de réseau», «fournisseurs», «fabricants» et «distributeurs». Certains étaient jusqu’alors inconnus de la justice et vivaient de manière très confortable, notamment dans la banlieue ouest de Paris. Dans le lot figurent des personnes travaillant au sein même de la maison Hermès. Il s’agirait notamment d’artisans spécialisés dans le travail du cuir. En fonction de la qualité des peaux et de leur taille, la valeur marchande des sacs imités oscillait entre 4000 et 20.000 euros.

Deux ateliers clandestins à Lyon

En région parisienne, les enquêteurs ont confisqué des sacs contrefaits et des matières premières d’excellente qualité représentant un volume global de 20 m3 de marchandises. Dans l’agglomération lyonnaise, ils ont mis au jour deux ateliers clandestins dotés d’équipements complets. «Animées par des orfèvres de la maroquinerie, ces officines de confection disposaient de presses, de tables à découper ou encore de poinçonneuses dernier cri», précise une source proche du dossier. Les peaux, parfois de crocodiles, étaient sélectionnées par un des faussaires connaissant les meilleurs fournisseurs.

La «bijouterie», c’est-à-dire le façonnage des pièces métalliques servant au fermoir ou aux pieds du sac ainsi que la gravure du célèbre «H» étaient sous-traités dans divers pays d’Europe. En un an, près d’un millier de sacs très haut de gamme sont sortis des chaînes de fabrication du «grossiste».

La marchandise était ensuite écoulée par un réseau de «distributeurs» vers les pays d’Asie, la Russie ou encore le Moyen-Orient. «La riche clientèle n’hésitait pas à acheter les contrefaçons quasiment au même prix que celui du catalogue car elles ne voulaient pas attendre un ou deux ans de délai nécessaire pour obtenir certaines pièces rares, note un enquêteur. L’important était de pouvoir coordonner le gel des avoirs dans différents pays pour confisquer le fruit du trafic.»

Dans un communiqué diffusé vendredi après-midi, le procureur de Paris, François Molins, a révélé que «plusieurs dizaines de milliers d’euros en espèces ainsi qu’une machine à compter des billets» ont été découverts en perquisition. Grâce à une coopération judiciaire internationale qualifiée d’«exemplaire», trois comptes bancaires ont été saisis à Chypre et pas moins de vingt-deux autres bloqués à Hongkong, où était établi l’un des «cerveaux présumés» du trafic. C’est d’ailleurs la venue en France de ce dernier qui a déclenché le coup de filet de jeudi.

Les comptes découverts à l’étranger, créditeurs de «plusieurs centaines de milliers d’euros», démontrent l’ampleur du circuit de blanchiment. Des recherches plus approfondies devraient permettre d’en définir les contours. «Le nombre de produits écoulés, a précisé le parquet de Paris, à des tarifs similaires à ceux pratiqués dans le réseau de distribution officielle, est en l’état évalué, sur une seule des filières, à 18 millions d’euros.»

Par Christophe Cornevin Figaro

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