Prisunic, précurseur dans le design

  Gabrielle Chamouleau

La première boutique Prisunic est inaugurée en 1931, mais c’est en fusionnant avec l’enseigne Monoprix qu’elle a connu une apogée fulgurante, jusqu’en 2002. 

La chambre "Tube en toile", ou la proposition de tout un mobilier de chambre à coucher qui a donné la primauté aux armatures en tube d'acier laqué au four, et dont les prix s'échelonnait de 60 francs (pour le porte-habits) à 240 francs (pour l'armoire).

La chambre « Tube en toile », ou la proposition de tout un mobilier de chambre à coucher qui a donné la primauté aux armatures en tube d’acier laqué au four, et dont les prix s’échelonnait de 60 francs (pour le porte-habits) à 240 francs (pour l’armoire).
©DR

Cette chaîne de magasins populaires, lancée en décembre 1931 et dissoute en 2002, fut dépositaire de l’évolution avec laquelle les Français ont pu appréhender l’introduction du design dans leurs produits de consommation les plus courants.

L’ouvrage d’Anne Bony, « Prisunic et le design », qui paraît en 2008, retrace les grandes lignes de l’histoire de cette enseigne grand public, et renseigne les lecteurs sur la révolution suscitée par une marque qui lança, en 1968, le tout premier catalogue de vente par correspondance de son mobilier.

Historique

En 1931, le premier établissement Prisunic voit le jour, rue Caumartin à Paris. Son appellation est le fruit d’une contraction entre les termes “prix” et “unique”, et il propose logiquement de commercialiser une gamme de produit selon un seul prix. Son affiliation au groupe Printemps, contre une rétribution financière conséquente, intervient dans les années qui suivent, jusqu’à ce que la chaîne compte 60 magasins, en1939. Lorsqu’elle en déploie 200 dans toute la France, en 1954, les consommateurs sont les témoins de l’inauguration du tout premier rayon alimentaire Prisunic, et ce, dans l’établissement de la rue Vaugirard, à Paris.

Le styliste Jean-Pierre Bailly dessine un logo pour la société en 1967, qui comptera jusqu’à 350 établissements en métropole et 48 magasins en Europe, en Afrique et en Outre-mer seulement trois ans plus tard.

L’année 1991 marque néanmoins un tournant dans l’histoire de l’enseigne : François Pinault, qui rachète le groupe Printemps, veut revendre Prisunic en déficit de rentabilité. Conséquence : Prisunic décide, en 1993, de rejoindre le groupe Promodès (qui comprend les marques Continent, Champion et Shopi) pour la commercialisation de ses produits alimentaires, lui octroyant ainsi un volume d’achats de 2 milliards de francs. Mais faute de repreneur officiel pour cette filiale, Fraçois Pinault procède à une restructuration de Prisunic : rédution des affiliés, suppressions d’une centaine d’emplois sont à l’honneur pour stimuler au plus vite le résultat d’exploitation de la marque. Cette statégie, qui s’avère efficace, voit le chiffre d’affaire de Prisunic dépasser, en1996, celui de Monoprix, avec 63 millions de francs contre 38 millions.

Autre point culminant : en ocobre 1997, Monoprix rachète Prisunic, avec l’appui de Casino qui génére une contribution financière de 900 millions de francs. Le nouveau tandem génère  22,3 milliards de francs de chiffre d’affaire en détenant 262 magasins en propre. De là s’ensuit un passage progressif des magasins Prisunic sous l’enseigne de Monoprix, jusqu’à une dissolution totale, le 15 mai 2002.

L’alliance Monoprix-Prisunic : un rôle décisif dans l’introduction du design parmi les biens de consommation courants

Prisunic a joué un rôle prépondérant dans l’évolution des modes de consommation de la deuxième moitié du XXe siècle, et ce, en élaborant un véritable design de consommation courante : c’est autant d’objets de mobilier, de produits cosmétiques et alimentaires, de parfums, d’accessoires et de pièces de lignes de prêt-à-porter qui furent les dépositaires d’un vent de créativité et d’innovation. Le point culminant fut la diffusion du catalogue “total look”, le tout premier à vendre du mobilier par correspondance qui soit proposé par l’enseigne. Ce dernier, fruit d’un travail d’équipe entre les designers René Preborski, Philippe Grummer, Yves Cambrier et Michel Cultru, s’inspira largement de la collaboration entre Jeannine Roszé et Denise Fayolle, la directrice du bureau intégré de style et de publicité qu’elle créa en 1957, et dont la devise était « du beau au prix du laid ». La fusion de Prisunic avec Monoprix relevait alors de la concrétisation d’une volonté de vulgarisation de la mode, et ce , en introduisant une dynamique esthétique dans des gammes de produits de la vie quotidienne.

Un article issu du magazine LSA, la revue de la grande distribution et de la consommation (le N°1560, paru le 13 novembre 1997), fait plus précisément état des caractéristiques de la directive qui fut établie dans le cadre de la fusion entre Prisunic et Monoprix, et de ses effets sur la gamme de produits qui fut élaborée par la suite :  » tout en appuyant la fusion des deux réseaux sur le rapprochement des points forts de chaque enseigne (application chez Prisunic du système de réassort automatique de Monoprix, par exemple), le nouvel ensemble se fixe une vocation commune : démocratiser les modes. Mission : s’adresser à une clientèle spécifique de citadins éduqués et plus exigeants que la moyenne, attentifs au meilleur rapport qualité/prix. Le coeur de la cible visée réunit notamment les couples dont les deux membres travaillent, les mono-ménages et les plus de 60 ans. Autrement dit, des gens qui dépensent beaucoup, aiment les grandes marques et sont sensibles à l’innovation ».

En 2008, la galerie VIA organise une exposition intitulée « PRISUNIC & LE DESIGN, une aventure unique », avec les interviews des designers qui ont participé à l’aventure des meubles Prisunic et à leur incidence sur l’histoire du design, de la décoration et de la consommation tout au long de la seconde moitié du XXe siècle : Terence Conran, Jean-Pierre Garrault, Andrée Putman, etc..

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