Pour les financiers, la valeur des surgelés Picard ne fond pas

Le spécialiste français des plats congelés pourrait être repris par le fonds britannique Lion Capital, un troisième rachat par endettement en dix ans .

Par JULIA PASCUAL

C’est une success story à la sauce financière. L’histoire d’une chaîne de produits alimentaires surgelés qui exerce une véritable séduction sur les fonds d’investissement, pros de l’effet de levier par endettement. C’est le karma des magasins Picard qui s’apprêtent à changer de propriétaire pour la troisième fois en dix ans et qui se retrouvent, de nouveau, aux mains d’un spécialiste du LBO (leverage buy-out).

Pour le meilleur ? Le LBO est un mécanisme par lequel un fonds d’investissement finance une acquisition en s’endettant auprès des banques. Il rembourse les taux d’intérêt grâce aux dividendes dégagés par la société rachetée. Et, au bout de quelques années, revend sa participation dans l’entreprise. Grâce à la plus-value réalisée, il rembourse sa dette et se rétribue.

Vache à lait. Les LBO ont fleuri un peu partout dans le monde. En France, on en comptabilise environ 1 500, qui chapeautent un million de salariés et cumulent 60 milliards d’euros de créances. Avec la crise financière et le resserrement du crédit, les conditions d’exercice du LBO sont devenues de plus en plus risquées. Et des salariés dénoncent un sacrifice de l’emploi sur l’autel des profits.

Chez Picard, la mue opérée du statut d’entreprise familiale à celui de vache à lait de la finance est un succès économique : 4 000 salariés disséminés dans 820 magasins français – la moitié en Ile-de-France – et une trentaine en Italie ; 160 millions d’euros de bénéfices ; un chiffre d’affaires de 1,15 milliard d’euros, multiplié par deux en dix ans.

Le tropisme des LBO pour Picard remonte à l’an 2000 quand le numéro 1 français de la distribution, Carrefour, décide de se défaire de sa filiale de surgelés et la revend en LBO à un consortium d’investisseurs, mené par le fonds britannique Candover. Montant de la vente : 920 millions d’euros, dont 330 millions d’euros de plus-value pour l’enseigne de grande distribution. Picard se développe, ouvre des magasins. En 2004, pour Candover, il est temps de revendre. La valeur de Picard a grimpé : 1,3 milliard d’euros. La plus-value engrangée par le vendeur aussi : 380 millions d’euros. C’est le fonds BC Partners qui se porte alors acquéreur de Picard.

«Ils ont lâché 200 millions d’euros. Et ont emprunté 1,1 milliard sous forme de LBO», se souvient Boris Merlino, délégué central CGT chez Picard. Aujourd’hui, BC Partners est en train de finaliser la revente de Picard à Lion Capital pour 1,5 milliard d’euros. Nouvelle culbute. «Ainsi, ils remboursent les 1,1 milliard empruntés et les 200 millions mis de leur poche. Avec les résultats de l’entreprise, ils ont remboursé les intérêts d’emprunt. Il leur reste 200 millions. Plus-value : 100%.»

Doublons. Picard, leader sur son marché, offre de belles perspectives aux investisseurs. «Sa croissance et ses profits sont réguliers. Il résiste à la crise», analyse Philippe Jaegy, vice-président du cabinet Solving Efeso. Le britannique Lion Capital entrevoit «encore de nombreux relais de croissance». Comme l’internationalisation avec des incursions prévues en Belgique et en Scandinavie. Et la poursuite des ouvertures de magasins en France, au rythme soutenu de 35 à 40 par an. Picard accapare déjà 17% du marché français des surgelés et table sur son image de marque – l’innovation et la qualité – pour s’imposer davantage. «Un Français consomme 37 kilos de surgelés par an, contre 47 kilos pour un Espagnol et 80 kilos pour un Britannique», dit l’analyste Philippe Jaegy.

Lion Capital ne saurait se priver de cette manne, à l’image de ces fonds d’investissement qui profitent du recentrage des grands groupes alimentaires pour réaliser de juteuses acquisitions. Lion Capital a tout récemment échoué à racheter à Unilever les activités du fabricant de surgelés Findus en Italie. Mais il est déjà propriétaire de Findus en France, en Scandinavie et au Royaume-Uni. De quoi faire redouter aux salariés de Picard que l’apparition de doublons au niveau des laboratoires de recherche et développement, des services de qualité ou des entrepôts logistiques ne se soldent par des réductions d’effectifs. Surtout, les syndicats craignent une accélération de la course à la rentabilité – signature des LBO – : «Les plages d’ouverture des magasins sont élargies sans ajout de personnel», dit Elisabeth Jousselin, déléguée centrale FO.

Du coup, pour la première fois, les salariés de Picard ont réclamé vendredi de toucher leur part du gâteau, à savoir 10% de la plus-value empochée par leur encore actionnaire BC Partners lors de la vente. Façon de compenser les très faibles perspectives de promotion et de salaires. Pas sûr que BC Partners consente à cette rétribution. Ni que leur prochain actionnaire soit plus généreux : sur les 1,5 milliard d’euros déboursés par Lion Capital pour le rachat de Picard, 900 millions seraient empruntés.

Les echos.fr • Le 26 juillet 2010

Lion Capital rachète Picard Surgelés

Le fonds d’investissement, propriétaire de Findus en Europe, rachète le français Picard. A un prix qui dépasserait 1,5 milliard d’euros.

ANNE DRIF, Les Echos

C’est finalement Lion Capital qui reprend les rênes de Picard Surgelés à BC Partners. Ecarté au finish de la reprise de Findus en Italie, cédé à Permira, Lion Capital propriétaire du reste du groupe de surgelés (Grande-Bretagne, Pays du Nord, France), a montré des dents pour la reprise du distributeur français. Après le premier tour du 13 juillet, le fonds d’investissement a déposé ce week-end une offre préemptive pour devancer ses concurrents, supportée par Morgan Stanley et Citigroup. Encore hier, le vendeur ne jugeait pas l’offre à la hauteur de ses prétentions (Les Echos de ce matin). Le fonds a donc dû renforcer sa proposition. Visiblement, le fonds a proposé un peu plus de 1,5 milliard d’euros. Lion Capital écarte ainsi les autres prétendants, CVC, Clayton Dubillier et le français Eurazeo.

Avec Lion Capital, Picard, essentiellement implanté en France, va bénéficier de la plate-forme européenne qui lui fait défaut. Fort de 810 points de ventes dans l’Hexagone, Picard a amorcé son développement en Italie. Sa structure financière est assainie. Il n’a plus de dette LBO et ses financements ont été ramenés à moins de 3,5 fois son excédent brut d’exploitation. BC Partners a racheté Picard en 2004 pour 1,3 milliard d’euros, soit douze fois son excédent brut d’exploitation. Ses prédécesseurs Candover, Chevrillon & Associés, Astorg et HSBC Private Equity en avaient offert 920 millions d’euros à Carrefour en 2000.

En milliers d’euros 2011 2010 2009 2008 2007
Chiffre d’affaires  1 211 415  1 134 652  1 091 408  1 039 748  972 592
Charges d’exploitation  989 436  944 276  888 798  828 544
Bénéfice ou Perte  87 695  89 824  92 759  88 731
Fonds propres  256 743  223 252  224 936  204 239
Immobilisations nettes  205 275  192 211  179 166  166 095
Trésorerie  135 734  68 037  100 457  108 817
Dettes financières  1 059  10 966  2 679  24 031
Total bilan  438 885  374 905  367 638  359 177
Frais financiers  5  8  14  330
Produits financiers  1 002  4 096  3 511  2 995
Salaires et charges  120 520  111 344  102 606  97 912
Nombre d’employés 4 308 4 273 3 940 3 774

http://www.picard.fr/

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