Category Archives: magasin caritatif

Les nouveaux défis d’Emmaüs

Le marché de la récupération n’est pas encore saturé mais, entre la crise et la concurrence des recycleries, Emmaüs tente de trouver un nouveau souffle.

CORINNE FOURCIN | Publié le 20.10.2012,

BEAUVAIS, 22, RUE EMMAÜS, LE 12 OCTOBRE. Présent en ville depuis la fin des années 1960, Emmaüs va créer un troisième magasin à Méru. Un moyen pour l’association de faire face à la concurrence des recycleries, toujours plus nombreuses. | (LP/C.F.)

Au printemps 2013, l’association Emmaüs de Beauvais ouvrira un nouveau magasin dans les locaux d’un ancien commerce, rue Jean-Jaurès à Méru. Ce sera le troisième dans l’Oise, les deux premiers étant implantés à Beauvais, rue de Clermont et dans le quartier de Voisinlieu. Un projet important de développement que l’association mûrit depuis deux ans.

Pour l’association, c’est le moyen de continuer à occuper le terrain de la récupération, où la concurrence des recycleries-ressourceries s’est faite de plus en plus vive ces dernières années. Pour Emmaüs, la collecte de ces meubles et appareils électroménagers dont les gens ne veulent plus, c’est le nerf de la guerre. Le produit de la vente de ces objets participe au financement des actions de solidarité menées par Emmaüs en direction des plus démunis (aides financières, épicerie sociale, accueil de jour pour les sans-domicile-fixe à la Boutique solidarité, etc.).La qualité des dons a aussi sérieusement baissé

« Si on veut continuer à vivre, il faut préparer l’avenir », résume Sylvie Godin, directrice d’Emmaüs Beauvais. « Aujourd’hui, on parvient à équilibrer notre budget mais, avec des produits et des subventions qui stagnent et des charges qui augmentent, on se doit d’aller de l’avant. L’objectif, avec la création de ce troisième magasin, c’est de maintenir nos effectifs composés aux deux tiers de personnes en insertion et notre niveau d’aide aux personnes en difficulté. »

Le constat est simple : pour maintenir le chiffre d’affaires de vente, il faut ramasser plus en quantité, la qualité des dons ayant sérieusement baissé ces dernières années. « C’est de plus en plus difficile de récupérer une belle armoire qu’on pourra revendre 300 € », confirme Sylvie Godin. Brocante, magasin d’occasion, site Internet de bonnes affaires… la crise étant passée par là, les gens essaient au maximum de se faire un peu d’argent en revendant par eux-mêmes la fameuse belle armoire plutôt que de la donner, même pour participer à une bonne action.

C’est à partir de janvier que les camions de ramassage d’Emmaüs commenceront à sillonner les villages des cantons de Méru et Chaumont-en-Vexin. Le fruit des collectes alimentera les rayons du magasin de Méru, où seront développées des activités de tri, de réparation des objets récupérés mais aussi de recyclage. D’une surface de vente de 300 m2, il ouvrira deux jours et demi par semaine et un dimanche par mois.

« On va répondre à un vrai besoin dans le secteur pour les personnes en difficulté qui pourront s’équiper à moindres frais », souligne la directrice. Un public qui pourra également bénéficier des dispositifs d’aide créés par l’association.

Huit emplois seront créés grâce à ce nouveau magasin, dont sept en insertion. « Nous aurons aussi besoin de bénévoles pour participer aux activités du site », insiste Sylvie Godin, qui lance un appel aux volontaires.

http://www.emmaus-france.org

Le Parisien

Le «charity shop» à l’anglaise cherche sa place en France

Par Isabelle de Foucaud Publié
 

 Oxfam France a organisé une «journée friperie» dans sa bouquinerie de Lille, en mai 2011, en vue de l’ouverture en fin d’année d’un magasin de vêtements de seconde main dans la ville du Nord. Crédit photo : Oxfam France.

L’association Oxfam ouvre sa première friperie à Lille début décembre, dans l’espoir de convertir les Français à l’achat de seconde main. Encore lui faudra-t-il s’imposer face à Emmaüs ou la Croix Rouge.

Un début timide. Le concept anglais de «charity shop» a débarqué en France en 2007, lorsque l’ONG Oxfam a ouvert une librairie d’occasion à Lille. Depuis, l’association a investi Paris, où deux «bouquineries» se sont installées dans le 14e arrondissement puis dans le 11e. Elle entend maintenant passer à la vitesse supérieure, en ouvrant mi-décembre, sa première friperie à Lille. «Dans la lignée de nos trois boutiques, ce nouveau magasin proposera des vêtements de seconde main, de bonne qualité et à petits prix», explique Stéphanie Dufour, directrice générale adjointe en charge des finances et du développement d’Oxfam France.

Avec seulement quatre boutiques en quatre ans, l’ONG peine à faire décoller ses «charity shops» en France. A titre de comparaison, elle comptait 45 boutiques en Irlande en 2010, 36 en Allemagne (où elle est installée depuis 1995), 42 en Belgique et 697 en Grande-Bretagne, où le phénomène est né dans les années 1940. Aujourd’hui, on compte près de 9000 «charity shops» outre-Manche, toutes associations confondues. «Le concept est relativement nouveau en France. Il faut du temps pour le faire connaître», estime Stéphanie Dufour. La responsable met toutefois en avant des chiffres encourageants. «Notre bouquinerie à Lille réalisera un chiffre d’affaires de 120.000 euros en 2011, une performance tout à fait honorable et comparable à celles de librairies classiques.»

Des magasins «comme les autres»

Contrairement aux autres magasins caritatifs, comme les 300 boutiques Emmaüs ou les près de 800 «vestiaires» et «vestiboutiques» de la Croix Rouge, les points de vente Oxfam veulent se fondre dans le paysage commercial. «Nous développons des magasins comme les autres, aussi bien achalandés et aménagés. Mais les produits mis en vente à petits prix proviennent de dons de particuliers ou d’entreprises et nos boutiques sont tenues par une trentaine de bénévoles, chapeautés par un salarié», souligne Stéphanie Dufour. Au Royaume-Uni, les boutiques Oxfam vendent des livres, des vêtements, mais aussi des bibelots ou de la vaisselle. «Les achats de produits de seconde main ou ‘vintage’ sont très tendance là-bas, tandis que les Français sont moins attirés par ce mode de consommation», ajoute la responsable d’Oxfam.

Crise oblige, ils pourraient toutefois y prendre goût. «Outre les restrictions budgétaires, les consommateurs cherchent à donner du sens à leurs achats, en offrant une seconde vie aux produits ou en achetant auprès d’associations qui reversent les fonds dans des actions caritatives», explique-t-on à la Fondation de France, qui a mis en place depuis 1997 un observatoire sur la générosité. L’argument écologique s’imprime aussi dans l’esprit des consommateurs qui deviennent plus «militants» dans leurs achats, ajoute Stéphanie Dufour. «Le succès de sites comme eBay montre bien que la seconde main, qui était une barrière à l’entrée en France, va finir par s’imposer», veut-elle bien parier.

Convertir les Français à la générosité à l’anglaise

Encore faut-il convertir les Français à de nouvelles approches de la générosité. «Acheter dans un ‘charity shop’ ou faire directement un don sont deux démarches radicalement différentes», analyse la Fondation de France. Selon une récente étude menée par la société de services marketing Axciom, la générosité des Français est restée «immuable», malgré la conjoncture morose. «Parmi les causes soutenues par les foyers français, la recherche médicale arrive en première position pour 40,8% d’entre eux (…).Les œuvres sociales et la protection de l’enfance figurent également parmi les causes enregistrant le plus grand nombre de donateurs, avec respectivement 17,6% et 17,3% des personnes concernées», détaille cette étude.

«Contre toute attente, les problématiques d’urgence (Haïti, Tsunami, ou encore Fukushima) qui bénéficient généralement d’une couverture médiatique importante, ne rassemblent quant à elles que 6,6% des foyers donateurs.» Or, Oxfam mène justement des grandes campagnes internationales, dont les thèmes vont de la taxe sur les transactions financières à la lutte contre l’accaparement des terres des pays pauvres et au commerce des armes. Pour Stéphanie Dufour, ces ‘charity shops’ à l’anglaise ont le mérite «d’élargir la palette de dons accessible aux Français et de leur offrir de nouvelles formes d’investissement personnel». Il leur faut seulement encore du temps pour trouver leur public.

Oxfam France a organisé une «journée friperie» dans sa bouquinerie de Lille, en mai 2011, en vue de l'ouverture en fin d'année d'un magasin de vêtements de seconde main dans la ville du Nord. Crédit photo : Oxfam France.